Téléphoner en Bluetooth au volant : une fausse impression de sécurité
L’utilisation du téléphone portable au volant constitue un facteur reconnu de distraction au volant. Si les dispositifs mains libres, notamment via Bluetooth, sont souvent perçus comme une alternative sécurisée, de nombreuses études mettent en lumière des risques cognitifs qui persistent, même en l’absence de manipulation physique du téléphone. Cet article examine les effets de la communication vocale sur l’attention et les capacités de conduite.
La distraction cognitive : un danger sous-estimé.
Contrairement à une idée reçue, le danger principal du téléphone au volant ne réside pas uniquement dans la manipulation de l’appareil, mais dans la mobilisation cognitive induite par la conversation. Selon une étude publiée dans la revue Human Factors, discuter au téléphone, même en mains libres, réduit les capacités de traitement de l’information visuelle, ce qui se traduit par :
- Un allongement du temps de réaction.
- Une baisse de la vigilance.
Une moindre détection des signaux visuels ou sonores pertinents (feux, panneaux, mouvements imprévus).
Impact sur la performance de conduite.
Les travaux de Strayer et al. (2006) ont montré que les conducteurs utilisant un téléphone en mode mains libres présentaient un comportement similaire à celui de conducteurs sous l’emprise de l’alcool à 0,8 g/L. Parmi les effets observés :
- Maintien irrégulier de la trajectoire.
- Vitesses inadaptées.
- Oubli de clignotants ou de vérifications visuelles latérales.
Ces déficits sont directement liés à la charge mentale occasionnée par la conversation, qui entre en compétition avec les ressources attentionnelles nécessaires à la conduite.
Conversation téléphonique vs. conversation avec un passager.
Contrairement à une conversation avec un passager, une discussion téléphonique ne bénéficie pas du contexte partagé. Le passager, en tant que co-conducteur potentiel, peut moduler la conversation selon l’environnement routier (ralentir le rythme, se taire en cas de situation complexe). Le correspondant téléphonique, lui, ignore le contexte de conduite, ce qui peut maintenir une exigence cognitive élevée au mauvais moment.
Une législation permissive malgré les données scientifiques.
En France, l’usage du téléphone en Bluetooth reste non verbalisé, contrairement au téléphone tenu en main ou aux oreillettes, interdits depuis 2015. Cette “tolérance” légale peut entretenir un sentiment de fausse sécurité, alors que les données scientifiques suggèrent une altération mesurable des performances de conduite, même sans contact physique avec le téléphone.
Conclusion :
L’usage du téléphone via Bluetooth ne supprime pas le danger lié à la distraction au volant ; il le déplace sur le plan cognitif. Les conducteurs restent convaincus d’être en sécurité du fait du caractère « mains libres » de l’outil, alors que leur attention est significativement altérée. En matière de sécurité routière, le plus sûr reste encore de s’abstenir de toute conversation téléphonique en conduisant, quelle qu’en soit la forme.